Qui est Surya Bonaly, la star du patinage qui a amené le backflip sur la glace ?
Neuf fois champion de France, cinq fois champion d’Europe et trois fois vice-champion du monde, Surya Bonaly a marqué l’histoire du patinage artistique. Pionnière, virtuose, souvent incomprise et dénigrée, elle s’est imposée sans jamais se conformer.
Adoptée à Nice alors qu’elle n’avait que huit mois, sa mère lui a inculqué le goût du sport, de la discipline et de l’exigence. Le patinage artistique est vite devenu un choix évident. Elle s’initie également à la gymnastique, qui lui confère une force musculaire rare dans sa discipline. « Trop musclé, pas assez gracieux », murmuraient certains dans un milieu encore corseté par ses propres codes esthétiques. Malgré cela, elle a continué avec détermination.
Son palmarès est clair comme une cloche : neuf titres nationaux, cinq couronnes européennes, trois médailles d’argent mondiales. Trois participations aux Jeux Olympiques – 1992, 1994, 1998 – mais aucune médaille d’or pour celle que beaucoup considèrent comme l’une des toutes meilleures de sa génération.
En 1994, aux Championnats du monde à Chiba, au Japon, la division était claire. Surya Bonaly a livré un programme d’une maîtrise exceptionnelle, mais c’est sa rivale, la Japonaise Yuka Satoqui a remporté l’or. Officiellement, c’était une question de « normes ». Officieusement, beaucoup estimaient que sa couleur de peau était en cause, dans un monde encore peu habitué à voir une championne noire dominer la discipline.
En larmes, elle a dans un premier temps refusé de monter sur la deuxième marche du podium. Puis elle accepta, avant de retirer la médaille d’argent de son cou. Le public a rugi. Un journaliste a demandé : « Pourquoi n’avez-vous pas accepté la médaille ? Quel est le problème ? Elle a répondu : « Parce que ce n’est pas là ma place et je suis déçue. »
Son amie d’enfance et coach au club Nice Baie des Anges, Rodolphe Maréchala été interviewé par France 3 en 2024, où il expliquait le geste d’il y a 30 ans : « Il fallait qu’elle fasse valoir son point de vue. Il n’y avait rien de rebelle, comme le disaient certains. Ils n’ont pas compris. Ce n’était tout simplement pas bien. »
Et nous voyons aujourd’hui des échos de sa marque de fabrique. Hérité de la gymnastique, Bonaly a été le premier à amener le backflip sur la glace, en le posant sur un seul pied.
Nagano 1998 furent ses derniers Jeux. A peine remise d’une blessure au tendon d’Achille, elle décide de se lancer. Le backflip a été interdit, jugé trop dangereux par le Comité International Olympique. Néanmoins, elle est partie. L’atterrissage, sur un pied, a été propre et spectaculaire. Le public s’est levé pour une standing ovation.
Mais le patineur français a été pénalisé et termine à la dixième place. Elle met immédiatement un terme à sa carrière. L’or lui échappait encore, mais l’histoire s’écrivait sous ses lames. A l’époque, le patinage artistique était beaucoup trop conservateur », explique Maréchal. « Oui, elle a réussi cette figure qui atterrit sur un pied, mais cela ne pouvait pas rentrer dans le cadre strict de l’époque. »
En 2024, le congrès du patinage valide officiellement le backflip, en hommage tardif à celle qui l’a popularisé. Aux Jeux d’hiver de Milan-Cortina 2026, Ilia Malinine l’a reproduit, tandis que la France Adam Siao Lui Fa en a également fait une signature. Ce qui était autrefois interdit est devenu une référence absolue.
En 2022, sur le tournage de C à Vous, Bonly a déclaré : « J’ai toujours voulu être moi-même. Je n’ai jamais essayé d’être rebelle. J’ai toujours voulu me donner à 100 %. » A 52 ans, vivant à Las Vegas et désormais citoyenne américaine, elle reste une figure à part. Elle n’a peut-être pas remporté l’or qu’elle méritait, mais elle a changé son sport pour toujours.


