Les manifestations du 17 octobre en France : le point de vue d’un philosophe
Une devanture brisée forme une auréole autour de son visage gravé d’une tristesse abyssale : cette femme, dont le commerce a été dévasté par les émeutiers, s’adresse à une caméra de Franceinfo. Le caméraman exagère l’image symbolique : l’étoile du verre brisé forme une sorte d’immense crinière blanche. Cela pourrait être beau ou tragique, la transformant en sainte ou en martyre, mais cela frise le grotesque, comme si elle faisait partie de sa propre vitrine. Nous ne savons pas si nous devons rire ou pleurer. Mais la commerçante le sait : elle pleure ses économies perdues, sa vie brisée. Ironiquement, elle est victime d’un mouvement de protestation censé dénoncer la vie chère.
« Nous n’avions jamais rien vu de pareil. » Paris saccagé, pillé et incendié par des hordes d’émeutiers. Et pas seulement Paris : Marseille, Lyon, Toulouse, Limoges. Oui, Limoges, la ville de la porcelaine… La France brûle, et tout le monde, même les plus anciens, les maires aguerris qui ont fait plusieurs fois le tour du quartier, les militants soulevés par les manifestations tendues, les journalistes qui ont tout vu, les habitants de la place de la République, sont d’accord : « On n’a jamais rien vu de pareil ». Même Emmanuel Macron, qui venait de voir Céline Dion enflammer la Plénitude Arena la veille – oui, ça ne s’invente pas – ne s’attendait pas à un tel déchaînement de violence.
