David Marchal (Clément) : « Je me suis retrouvé face à mes propres préjugés sur les personnes transgenres »

 

David Marchal (Clément) : « Je me suis retrouvé face à mes propres préjugés sur les personnes transgenres »

22 / 03 / 2018

Actuellement, Plus belle la vie aborde un sujet de société important : la transidentité. En effet, Clara (Enola Righi) éprouve un sentiment de dysphorie de genre et demande aujourd’hui à tout le monde de l’appeler Antoine car elle se sent plus garçon que fille. David Marchal, qui incarne Clément, le père de l’ado, a répondu à une interview du magazine Télé Loisirs sur cette intrigue qui affecte aussi son personnage.

Comment avez-vous réagi en découvrant l’intrigue concernant Clara/Antoine ?

David Marchal : On nous avait parlé de l’intrigue il y a quelques semaines et on nous avait vaguement dit que nous allions évoquer la féminité de Clara, avec sa famille et Coralie. J’ai donc découvert qu’on parlerait de la dysphorie de genre en recevant les textes trois semaines avant de tourner. J’ai été agréablement surpris par le sujet et par le côté audacieux qui caractérise souvent la série. Le feuilleton aborde souvent des thèmes qui font débat dans la société. J’étais donc aussi curieux parce que ça promettait des choses à jouer.

Vous êtes-vous documenté sur la dysphorie de genre ?

Pas du tout parce que je savais qu’on allait jouer avec un acteur qui avait eu ce parcours là (Jonas Ben Ahmed qui incarne Dimitri, ndlr). Si on n’avait pas joué avec quelqu’un avec qui on pouvait échanger, je l’aurais sûrement fait, mais sachant qu’on aurait un petit moment avec lui, je voulais en discuter et ça a été vraiment passionnant. Je ne me suis pas documenté non plus pour laisser place à la spontanéité dans le jeu de Clément. Je me suis dit que si je me documentais trop, j’aurais eu plus de mal à jouer ce que le père ressent. Ça me mettait dans un positionnement bancal. De plus, ce n’est pas forcément la réaction que j’aurais eu moi dans la vie.

Avez-vous éprouvé une certaine crainte par rapport au développement de cette arche ?

Aucune crainte car je suis d’un tempérament curieux, dans le bon sens du terme, et ouvert je pense. D’un point de vue purement professionnel, c’est un sujet de société sensible, fort, actuel et comme c’est traité à travers une intrigue et bien écrit, il y a de la matière pour le jeu d’acteur. J’ai trouvé ça prometteur et passionnant.

 

Quel message souhaitez-vous véhiculer à travers l’histoire ?

Je n’ai pas de message à faire passer en tant qu’acteur car Clément a des réactions stéréotypées et dures qui ne seraient pas forcément les miennes. Mais moi, en tant que personne ayant joué cela et ayant rencontré Jonas, je tiens à dire que j’ai été bluffé. On m’avait dit qu’il y aurait un acteur, qui est un homme transgenre, pour interpréter le rôle, mais quand je l’ai vu arriver, je me suis dis : « Tiens, la production a changé d’avis, ils ont pris un jeune homme, beau d’ailleurs. » Après, j’ai compris que c’était bien lui ! J’étais confronté à mes propres préjugés ou à l’image que je pouvais avoir d’une personne transgenre parce que je trouvais ce jeune homme tout à fait… jeune homme, séduisant, très sensible. Je pensais être très ouvert, mais j’étais renvoyé à l’image que je m’étais faîte de ces sujets-là. Donc, dans le message, si cela permet de lutter contre la transphobie tant mieux. Si cela permet de faire preuve d’ouverture, de lutter contre les préjugés, de faciliter le parcours de personnes concernées et de pouvoir aborder le sujet avec leur entourage, de les délester d’un poids certain… Tant mieux.

Pensez-vous que le public de Plus belle la vie sera réceptif au message que cherche à délivrer l’histoire de Clara/Antoine ?

Oui, je pense. Il y a presque 5 millions de personnes qui regardent et c’est un public large et divers. Ca va faire réagir, dans un sens ou dans l’autre, et le public de Plus belle la vie est habitué à être « chatouillé » si j’ose dire. Il va y avoir des réactions, il y en a déjà dans les médias. On est obligé d’évoluer avec la société et on ne peut pas faire l’autruche. Cela fait écho. Moi-même, dans ma vie personnelle, ça m’a interrogé. Ca a été l’occasion d’en parler à mes proches, mes amis, ma famille. Ca ma permis de me questionner sur ma responsabilité en tant que parent, le rôle d’éducateur. Ca aborde tout ça, donc j’espère que le public sera réceptif.

Comment va évoluer l’intrigue ?

C’est compliqué pour Clément car, en tant que père qui élève seul ses enfants, il se remet en question. Il est ébranlé dans ses certitudes. Il réagit parfois maladroitement mais il fait comme il peut. Il arrive à réagir de façon ouverte et, à d’autres moments, ça l’exaspère car il a l’impression que son rôle de père est remis en question depuis toujours, que rien ne va. Il a l’impression de s’être pourtant dévoué pour ses enfants… Bref, il confond tout. Mais il va comprendre en consultant une psy avec sa fille, puis en allant dans une association où ils rencontreront Dimitri (Jonas Ben Ahmed), que les choses ne sont pas si tranchées et qu’il restera le père de Clara/Antoine. Il faut commencer par l’écouter et l’appeler Antoine. Ils vont prendre du temps. Dans une scène, il va la récupérer juste avant qu’elle ne parte faire quelque chose qu’il considère comme une bêtise dans un pays d’Europe et le/la ramène à la maison. Ils décident de prendre une année et Clara/Antoine accepte. Tout cela à condition qu’ils soient accompagnés pour ne pas faire n’importe quoi. Après la rencontre avec la psy, il va comprendre qu’il faut écouter et prendre en compte le malaise de ces ados qui peut prendre diverses formes.

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