NOUVELLE INTRIGUE : La transidentité au cœur d'un grand arc narratif de PBLV ! NOUVELLE INTRIGUE : La transidentité au cœur d’un grand arc narratif de PBLV ! - Plus belle la vie – PBLV : Episodes, Intrigues, Replay, Personnages, Scoops

 

NOUVELLE INTRIGUE : La transidentité au cœur d’un grand arc narratif de PBLV !

02 / 03 / 2018

 

Depuis son lancement en août 2004 sur France 3, Plus belle la vie multiplie les incursions sociétales. La série qui affiche près de 3500 épisodes au compteur et qui rassemble chaque soir entre 4 et 5 millions de téléspectateurs a mis en avant l’homosexualité, le mariage pour tous, la maladie d’Alzheimer, le plan à trois sous poppers, la consommation de cannabis, le VIH, le divorce, la mafia, la parentalité adolescente, la famille recomposée et d’autres sujets. Le tout saupoudré d’enquêtes policières et de morts plus ou moins rocambolesques. Fait rare en fiction française, Plus belle la vie s’attelle à un autre tabou, la transidentité, en mettant en scène un adolescent né dans un corps féminin pendant une intrigue de cinq semaines.

« Cela fait deux ou trois ans que France 3 cherchait à aborder ce sujet » annonce Sébastien Charbit, le producteur du feuilleton, dans une interview accordée à Libération avant de poursuivre : « On est toujours en veille de ce qui se raconte dans la société. Et ce sujet me semble beaucoup plus actuel que le mari qui trompe sa femme ». Mélusine Raynaud, qui est scénariste, ajoute : « Je pense qu’on va tous avoir à un moment ou à un autre dans notre entourage un ami dont l’enfant ne se sentira pas né dans le bon corps ».

C’est à travers le questionnement de l’un des jeunes personnages que la série met en scène, dans les épisodes diffusés actuellement, ce que les médecins appellent la « dysphorie de genre ». Ainsi, Clara Bommel (jouée par Enola Righi), 15 ans, vit dans l’ombre de son turbulent frère aîné. Discrète, bonne élève, passionnée de handball et éternellement vêtue de sweats informes, la jeune fille se révèle tourmentée, en souffrance. Sa famille découvre qu’elle se scarifie. A l’origine de son mal-être : la certitude de ne pas être née dans le bon corps. Une douleur que la jeune fille a gardée secrète depuis de longs mois et qu’elle finit – difficilement – par expliquer à ses proches en ces termes : « Je reste jour après jour prisonnière d’un corps qui n’est pas le mien. Et quand je pense à l’avenir, je sais que je ne peux pas devenir cette femme que vous attendez, ni même une femme tout court ». Clara voudrait qu’on l’appelle Antoine et qu’on la désigne au masculin.

« On a voulu mettre en scène une kyrielle de regards sur cette question, à travers sa famille et son entourage, avec le moins de fantasmes, de clichés et de projections possibles. Avec, en toile de fond, cette question : l’amour de nos proches est-il inconditionnel ? » détaille Mélusine Raynaud.

De manière certes un brin artificielle, est ainsi mis au jour un panel des réactions auxquelles les personnes transgenres peuvent se trouver confrontées. La transphobie haineuse des camarades de classe, par exemple, auteurs de messages tels que « suicide-toi, sale pédé », « sale monstre », ou encore « travelo ». La compréhension, à travers le regard de la belle-mère à savoir Coralie (la mère ayant quitté le domicile depuis longtemps), troublée mais à l’écoute, pionnière dans l’adoption du nouveau prénom de l’enfant de son conjoint. L’incompréhension du monde éducatif : comment réagir ? « Elle restera Clara tant que son état civil n’aura pas changé », balance son enseignant d’histoire. En salle des profs est alors évoqué le guide, réel, édité sur le sujet par le ministère de l’Education en décembre 2015 et intitulé : « Comprendre pour agir », histoire de fournir des outils aux téléspectateurs.

Tout ça n’est pas très subtil mais il n’empêche : le feuilleton fait preuve d’une pédagogie pour le moins utile. Clément, le père de l’ado, largué, enchaîne amalgames et stéréotypes de genre, renvoyant son enfant à ses chromosomes, à son apparence physique, affolé qu’il ne devienne irrémédiablement stérile à cause des traitements hormonaux (ce qui n’est pas systématique)… « Je ne suis pas sûr d’avoir bien saisi : tu préfères les filles ? » demande-t-il, persuadé d’être face à une crise d’adolescence passagère. Il poursuit : « A part au sport, tu ne t’es jamais comportée comme un garçon ? ». Réponse d’Antoine (Clara) : « Ça veut dire quoi, se comporter comme un garçon ? Faire comme mon frère ? ». En l’occurrence, Théo, son frère, est celui qui gère l’intégralité des tâches ménagères de la petite famille recomposée. Et d’expliquer fort justement au daron, paumé mais attentif, la différence entre sexe et genre : « On peut avoir un autre genre que le sexe qui nous a été assigné à la naissance. Je te parle du sexe social ». Idem quand le père de famille explique la situation au proviseur du lycée, qui évoque la « transsexualité », terme autrefois utilisé mais renvoyant à une maladie mentale, auquel se substitue aujourd’hui celui de « transgenre ». Ce que le parent d’élève lui signale.

Afin de proposer une intrigue de qualité, l’équipe de Plus belle la vie a beaucoup potassé sur le dossier. La production (Telfrance Série), les scénaristes, les auteurs comme les acteurs se sont documentés, ont arpenté les forums, ont pris conseil auprès d’associations. Marc Roux, chargé des dialogues explique : « On ne pouvait pas se lancer sur un tel sujet sans être précis ». Surtout, Plus belle la vie a fait appel à un acteur transgenre, Jonas Ben Ahmed, pour incarner Dimitri, responsable d’une association locale vers qui le jeune Antoine (Clara) se tourne pour se renseigner. Du jamais vu en France.

Quand on rencontre tout ce beau monde dans les locaux parisiens de la boîte de production, à l’évidence, ils ont déjà longuement et souvent débattu. « Quand j’ai vu circuler l’annonce pour le casting dans un groupe Facebook privé, je me souviens avoir été heurté par certains termes. Il y était notamment question d’un acteur ayant « fini sa transformation », ce qui ne se dit absolument pas, et ne veut rien dire de toute façon…» dit l’acteur de 26 ans, en costard noir et chemise blanche col Mao.

A l’époque, le jeune homme, employé d’une station-service dans le Rhône, était en arrêt maladie depuis plusieurs mois à cause des opérations chirurgicales qu’il a subies. « Les termes maladroits de l’annonce m’ont agacé… Et puis je me suis dit : « Passe ce casting et va informer les gens au lieu de râler dans ton coin ! » D’autant qu’être acteur, c’est un rêve de gosse ».

Las de voir la transidentité caricaturée ou transformée en tire-larmes, Jonas Ben Ahmed voit dans cette opportunité un moyen de lutter contre la transphobie, en informant les millions de téléspectateurs vissés à leur téléviseur chaque soir : « Il y a des gens dans mon cas qui se sentent complètement isolés, peut-être qu’ils pourront s’identifier. J’ai connu des périodes difficiles, mais aujourd’hui je me sens profondément apaisé ». Prêt à s’afficher à l’écran – huit ans après le début de sa transition – et à débuter une carrière qu’il espère ne pas être réduite à ce parcours. Et qu’importe sa mère avec qui les contacts sont quasi inexistants et qui « s’est mis des œillères toute sa vie ». Qu’importe le séisme familial qu’a suscité, chez lui aussi, son coming-out à 18 ans, jusqu’à lui faire quitter le domicile parental après avoir été soumis à un ultimatum. « Je compte sur mon petit frère qui vit toujours à la maison pour allumer la télé l’air de rien pour que ma mère me voie », glisse-t-il, espiègle.

Ce parcours, il l’a souvent déroulé auprès des équipes du feuilleton et d’Enola Righi, la jeune actrice qui incarne Clara (devenue Antoine). « J’ai l’habitude qu’on me questionne sur ma taille, mon prénom d’avant, mes organes génitaux… Avec elle, c’était différent », constate Jonas Ben Ahmed. « Jusqu’à ce que je le rencontre, je me faisais un peu une montagne de tout ça. Et puis l’aspect humain, nos discussions ont dédramatisé le truc. C’est juste le rôle de quelqu’un qui ne se sent pas bien, et qui va se sentir mieux petit à petit » dit Enola Righi.

Avec une certaine maturité, la jeune fille, qui a sacrifié sa longue tignasse rousse pour ce qui n’est que son deuxième rôle, conclut : « Il ne s’agit pas juste de transidentité, mais du mal-être, du regard des autres. Et aussi, de faire comprendre qu’après tout, fille ou garçon, c’est une construction sociale ».

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