Michel Cordes (Roland) : « L'occitan fait partie de moi » : interview.

 

Michel Cordes (Roland) : « L’occitan fait partie de moi » : interview.

10 / 07 / 2010

1542561626.jpgIl incarne Roland dans la série « Plus belle la vie ». L’Héraultais était hier invité de l’Université d’été occitane. Rencontre.

L’occitan, pour vous, ça évoque quoi ?

Pour moi, l’occitan est quelque chose de difficile et d’assez douloureux, parce que je suis bilingue occitan de naissance. J’ai été élevé avec la langue française et la langue occitane. Mon père (1) ne nous a jamais parlé français. Il était paysan et j’ai appris l’occitan dans les champs. Ça me rend triste de voir que la France, c’est avant tout Paris, et que Paris méprise le reste du pays et les langues régionales, comme l’occitan, ou le breton, aussi. J’ai grandi dans deux langues mais je ne peux vivre que dans une.

Les langues régionales n’ont pas d’avenir, selon vous ?

Quel avenir ? La France ne laissera jamais rien faire ! Qui parle occitan dans la rue ? Moi-même, je parle très rarement occitan. Et les conférences ne réunissent que des intellectuels… À part les calandretas (2), je ne vois pas de solution. Ces langues sont en train d’être broyées par le français, comme le français est en train de s’américaniser. Et peut être que dans dix ans, les Américains se mettront à parler chinois.

Vous estimez le combat perdu d’avance ?

Regardez : pourquoi le catalan est-il resté une langue forte ? Parce que l’économie catalane est puissante ! Elle est la plus forte et celui qui paye, c’est celui qui commande.

Vous considrez-vous comme un militant occitan ?

On me met dans cette catégorie parce que j’ai des facilités à parler occitan, mais je ne me considère pas militant. Je suis né comme ça, avec ces deux morceaux en moi, et il y a certaines choses, des émotions, que je pourrai dire en français, et d’autres en occitan. Pour moi, il s’agit plus d’une manière de penser.

Votre double culture, ou plutôt identité, est-elle un obstacle ou une force ?

Je ne sais pas… Disons que ça fait partie de moi. Aujourd’hui, j’ai 43 ans de carrière dans le théâtre, la mise en scène, la sculpture, et six années de feuilleton. Et quand les gens viennent voir mon dernier spectacle, par exemple,

Espanhol d’aqui,

Dont je suis très fier, en espérant voir Roland de Plus belle la vie, ça me rend malade. Je ne suis pas Roland, je ne suis pas un produit médiatique. Ça me fait peur. Ces gens-là sont prisonniers d’un système médiatique. Quand ils disent que pour eux je suis un dieu, et ça arrive, ça me fait frémir.

Recueilli par Agathe BEAUDOUIN pour le site MidiLibre.com.

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